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 Sujet du message: il y a 5 ans
Message non luPosté: 20 Mar 2004, 19:08 
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Localisation: Yvelines
PAROLES Jocelyne JE EST UN AUTRE
À cinquante ans, ce délégué syndical, très connu dans son entreprise, est devenu une femme.

Une petite bonne femme d'une cinquantaine d'années, un peu sur la réserve. Un deux-pièces modeste, dans les Hauts-de-Seine, où la chambre à coucher exiguë accueille un lit d'une seule place, et où figurent bien peu de ces objets personnels, de ces photos qui racontent une vie. Ce sont les premières impressions qui frappent lorsqu'on rencontre Jocelyne. Jocelyne qui était un homme. Aux yeux des autres en tout cas. Car, malgré une enveloppe masculine, elle se sentait, se savait femme. Sa transformation n'est pas encore achevée : elle a commencé un traitement médical, mais ne sera opérée que dans quelques mois, et ne pourra obtenir un changement d'identité que deux ans plus tard, au mieux. Mais, dans son entreprise, où, courageusement, elle a décidé de rester, elle est déjà acceptée comme femme. Récit d'une histoire exceptionnelle.

Dans ma tête, il n'y a jamais eu aucun doute. Depuis toujours, je me suis pensée au féminin. Le jour de mon entrée en primaire, j'ai demandé pourquoi on me mettait à l'école des garçons. Mes parents ont eu cette réponse d'évidence : " Parce que tu es un garçon ! " Mais je n'étais pas d'accord. Plus tard, je tirais sur mes bouts de sein, j'espérais qu'ils allaient pousser. Comme chez ma sour. Je voyais bien qu'en bas il y avait une différence. Mais je m'imaginais, je ne sais par quel miracle, que " ça " allait tomber, disparaître. Souvent le soir je m'endormais en rêvant de devenir maman.

À l'adolescence, je souhaitais que mon corps évolue vers un corps féminin, mais, comme mes parents m'ont fait suivre des traitements virilisants, c'est l'inverse qui s'est produit. Et il devenait de plus en plus net qu'il me fallait essayer de vivre avec ce corps d'homme, qu'on me prenne pour un homme. À l'école, j'avais subi beaucoup de moqueries, je ne pouvais plus endurer ça. En même temps... lorsque ma barbe est sortie durant mon service militaire, ça a été l'estampille finale HOMME. Je l'ai très très mal vécu. Sans pouvoir jamais parler de ce que je ressentais. Ni à ma sour, ni à ma mère, ni à une amie, ni à un médecin. Jamais. À l'époque, je ne connaissais personne d'autre dans mon cas, je ne savais pas ce que c'était qu'être transsexuel. J'étais coincée avec ce corps.

J'ai été embauchée à Thomson comme technicienne. Enfin, comme technicien. Dès que j'ai travaillé, j'ai adhéré à la CGT. Et parallèlement je suis devenue communiste en 1969. J'ai beaucoup milité. Et aucun de mes copains, aucun de mes camarades n'a jamais pensé une seconde que, dans ma tête, j'étais une femme. Ni mon épouse, bien sûr. Car, à trente ans, je me suis mariée. J'ai connu ma femme lors d'un porte-à-porte. Pour moi, c'était simplement une amie, mais elle est tombée amoureuse de moi. Et j'ai dû accepter qu'on se marie. Malgré tout, je n'ai jamais voulu avoir d'enfant. Nous avons vécu ensemble vingt et un ans. C'est énorme, non ? Les psychiatres disent que j'avais une sorte d'identification avec elle. Comme si j'avais pu vivre ma vie de femme à travers elle.

À l'âge de trente-cinq ans, j'ai vu, à la télévision, une transsexuelle qui racontait sa vie. Notamment, la malheureuse, qu'elle était rejetée par tout le monde. En voulant vivre en femme, elle vivait encore plus mal socialement. C'était la première fois que j'apprenais qu'il y avait des gens comme moi. J'ai su qu'elle s'était faite opérer, qu'elle avait subi des traitements et que l'on appelait ça la transsexualité. Avant, j'en avais peut-être entendu parler, mais, pour moi, c'était comme les travestis, les prostitués. Et je ne me sentais pas concernée parce que, moi, je vivais un problème d'identité, pas un problème sexuel. Grâce à cette émission, j'ai entrevu qu'il y avait peut-être une solution. Mais elle me paraissait impossible : comment parler à ma famille, à ma femme, à mes collègues ? C'était pour moi un suicide social. Et puis, peut-être parce que je vieillissais, et que je ne voulais pas mourir dans un corps d'homme, j'ai fait une dépression. Il y a eu aussi l'effondrement des pays socialistes. J'ai quitté le PCF, j'ai ralenti beaucoup mon militantisme à la CGT. Je n'avais plus goût à rien. Et j'en suis venue à l'envie de me supprimer. Jusqu'au 31 décembre 1997.

Nous étions chez ma mère, ma femme et moi, et tandis que je fouillais dans les photos de mon enfance, ma mère m'a dit : " Quand tu étais petit, tu étais très fin, on aurait dit une fille. " Je me suis mise à sangloter. À notre retour, ma femme m'a lancé : " Je sais ce que tu as. Tu penses que tu es une femme. Je vais t'aider. " Elle voulait m'aider à redevenir un homme normal... Je suis allée voir mon médecin, qui m'a expliqué : " Il n'y a pas d'autre moyen que de vous accepter. Vous vivre. Il faut vivre en femme. " C'était la première fois qu'on me disait une chose pareille.

À partir de là, je n'ai plus du tout pensé au suicide, mais à " me vivre ". J'ai contacté une association de transsexuels. Très rapidement, j'ai voulu me débarrasser de l'outrage que j'avais sur le visage et j'ai fait faire des épilations au laser. J'ai entamé des cours d'orthophonie. Et j'ai commencé les explications vis-à-vis d'une partie de mon entourage. Avec ma femme, ça s'est très vite envenimé :elle voulait que je me fasse soigner ! Ma sour aînée m'a dit : " Si tu es plus heureuse comme ça... Je ne te fermerai jamais ma porte. " Pour ma jeune sour, cela a été plus difficile. Terrible même.

Et j'en ai parlé dans l'entreprise à trois copains de la CGT et du Parti. Ce sont des gens avec qui j'ai milité, que je savais très ouverts. J'ai pensé que si eux ne l'acceptaient pas, personne ne le ferait. Cela a été vraiment dur pour eux, c'est certain. Mais ils ne m'ont pas rejetée. Et puis, dans une course de vitesse entamée avec le directeur des relations humaines, qui, lui, a été ignoble (Oh ! il m'a fait pleurer), j'ai décidé de mettre au plus tôt mes collègues au courant. J'ai d'abord testé les réactions d'une personne qui, dans le service, est très estimée, qui a une grande valeur humaine. Elle m'a beaucoup aidée en affirmant : " Si quelqu'un dit quelque chose de travers, je le remettrai en place. "

Il y a quatorze personnes à l'étage où je travaille. J'ai vu tout le monde en trois jours. J'ai commencé par les femmes (plusieurs m'ont dit " bienvenue au club ! "), cela m'était plus facile. Elles m'ont aidée à en parler à certains hommes à qui je n'osais pas m'adresser. Et tous se sont réunis, hors de ma présence, et ont pris la décision en commun de continuer à m'accepter comme avant, et de tout faire pour que je me sente bien au milieu d'eux. Les quatorze collègues. Et d'une certaine manière, ce sont eux qui se sont chargés de faire connaître ma situation dans l'entreprise. Et ça a été bien perçu. Il faut dire que j'étais connue dans la boîte comme délégué CGT, j'ai même été secrétaire du CE, je n'avais pas l'air d'un détraqué, alors que souvent on pense que les transsexuels sont des malades.

Mais j'étais toujours habillée en homme. J'en ai discuté avec mon sexothérapeute, qui m'a dit : " Tu en as parlé à tes collègues ? Si tu ne fais rien, ils vont se demander ce que tu leur as raconté. Dorénavant, ils s'attendent à ce que tu changes. " Et puis j'ai enfin pu déménager et donc quitter ma femme. Et là, pratiquement tous les gens de l'immeuble m'ont appelée " madame ". C'était très surprenant. Alors j'ai pensé qu'il n'était pas possible de jouer deux rôles : " madame " dans l'immeuble et rester " monsieur " au travail. J'ai acheté des vêtements, et le lendemain je me suis rendue au travail habillée en femme. Pas en jupe, non, mais avec un pantalon féminin... La nouvelle s'est très vite répandue. Et maintenant, c'est rentré dans les mours. Mis à part le directeur des relations humaines, qui, heureusement, a quitté la boîte, je n'ai entendu qu'une réaction négative. Quelqu'un qui m'a lancé : " Tiens, voilà le travesti. " Et par la chaleur dont ils ont fait preuve, mes collègues, d'une certaine manière, m'ont incitée à aller plus vite que je ne l'imaginais. Moi, je pensais me faire toute petite, me mettre dans un trou de souris, mais certains m'ont demandé pourquoi je ne militais plus. C'est grâce à eux que je me suis posé la question. Et j'ai repris mes mandats syndicaux et ma carte au PCF.

Moi, j'ai une chance inouïe : du point de vue de mon intégration sociale, de la possibilité que j'ai eue de conserver mon emploi, de reprendre une activité militante, de " me vivre ". Alors que les problèmes que rencontrent les transsexuels en France sont considérables. Les opérations, le suivi psychiatrique, la longueur des procédures judiciaires avant d'obtenir un changement d'identité, etc. Tout est difficile, très cher, et souvent humiliant. Beaucoup n'ont pas d'autre solution que de se prostituer pour vivre ou de se supprimer. Il faut se battre pour que les choses évoluent.

Propos recueillis par Florence Haguenauer

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Article paru dans l'édition du 20 septembre 1999.


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