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Libération : «La violence est permanente et systématique depuis l'enfance»
http://www.liberation.fr/page.php?Article=327889


Carine B., fonctionnaire et militante, a changé d'identité il y a dix ans:
«La violence est permanente et systématique depuis l'enfance»

Par Matthieu ECOIFFIER

samedi 01 octobre 2005 (Liberation - 06:00)



Carine B., 50 ans, fonctionnaire dans un ministère, est militante d'Act Up
Paris. Elle détaille les revendications des trans au regard de son propre
parcours.
A quel type de violences les personnes trans sont-elles le plus souvent
confrontées ?
La violence est permanente, systématique et s'exerce depuis l'enfance. Elle
est d'abord physique. A Marseille, une transexuelle a été assassinée en mars
de quarante-sept coups de couteaux, émasculée, et décapitée. Mais qui l'a su
? C'est vraiment de la haine par rapport à son vécu. Il y a régulièrement
des meurtres en France, mais on n'en parle pas : il y a au moins une
trentaine de victimes depuis dix ans. De plus, en 2005, la transphobie n'a
même pas été retenue comme une discrimination dans la nouvelle loi.
Résultat, ce type d'actes ou de propos ne peut être ni pénalisé, ni
constituer une circonstance aggravante. A la difficulté de ne pas
correspondre au sexe auquel on a été assigné s'ajoute une violence médicale
qui accorde ou refuse un accès au soin, selon des critères qui ressortent de
la maltraitance théorique. Et qui empêche le droit à disposer de son corps.
Vous demandez une dé-psychiatrisation de la transexualité...
La trans-identité est considérée comme une maladie psychiatrique, comme
l'était l'homosexualité il y a trente ans. Pour toute personne désireuse
d'effectuer une transition, il existe un protocole de deux ans, véritable
torture. Avec une série d'évaluations, de tests et de conditions. Ainsi,
pour être un «trans primaire» il faut être hétéro dans son futur genre,
avoir une vie stable, et ne pas se prostituer. Au final, les médecins
«spécialisés» n'ont accès qu'à 15 % des personnes concernées. Les autres
doivent se débrouiller avec la médecine de ville, et aller chez des gynécos
ou des endocrinologues pour se faire prescrire des hormones. Les
opérations ­ entre 6 000 et 15 000 euros ­ se déroulent à l'étranger.
L'ambiguïté, c'est que la Sécurité sociale prend en charge certains de ces
protocoles individuels via les affections de longue durée, mais pas
d'autres. Certaines opérations en Belgique ou aux Pays-Bas sont remboursées,
mais pas ailleurs. C'est la loterie.
Pour ma part, j'ai 50 ans, j'ai fait une transition il y a dix ans par le
système D, car je n'étais pas considérée comme une «trans primaire» par
l'équipe officielle. Cela s'est très bien passé au niveau personnel et
professionnel. Je suis cadre A dans la fonction publique d'Etat. Ma
hiérarchie sait que je suis trans, mes compétences ne sont pas remises en
cause. Le frein à la sociabilisation réussie reste avant tout le marquage au
fer rouge que vous donne la psychiatrisation de votre situation. C'est une
véritable assignation à une classe dominée et discriminée. La prise en
charge de la trans-identité doit se faire sur une base non-psychiatrique, il
suffirait pour cela de modifier le code de santé publique. C'est une
revendication unanime des associations. Et la condition pour que les
transsexuels sortent de ce monde caché. Tous les trans ne sont pas cantonnés
au RMI et à la prostitution. J'en connais qui sont chefs d'entreprise,
ingénieurs, enseignants, médecins.
Autre discrimination, la non-prise en compte des trans dans la prévention
contre le sida...
Il faut absolument une enquête épidémiologique pour évaluer l'ampleur du
sida chez les trans. Si l'on se réfère aux chiffres qui viennent des
Etats-Unis ou de Belgique, le taux de contamination oscillerait entre 35 et
50 %. La population trans est, en effet, la plus touchée. Il n'y a aucune
prévention ciblée sur ce public. Une fille trans se retrouve, après son
opération, devant une sexualité nouvelle : certaines vont avoir des rapports
non-protégés pour être hétéro de la façon la plus anonyme. D'autres sont
persuadées qu'il n'y a pas de risque de contamination. Les transsexuels ­
qui avaient été assignés femmes et qui sont homosexuels dans leur genre
d'arrivée ­ ont tendance, eux aussi, à prendre des risques. Ils acceptent
des rapports anaux sans préservatifs. Il est urgent d'inclure des messages
de prévention pour ces types de sexualité dans les campagnes à destination
des femmes et des homosexuels.




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