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 Sujet du message: la com. en Belgique
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Quand la nature se contredit: transsexuels parmi nous


par Malika Es-Saïdi
Wednesday, 02 August 2006


Depuis le 6 juillet, une loi, transmise au Sénat, reconnaît, en Belgique, le droit aux transsexuels de changer de prénom et de sexe par voie administrative. Une reconnaissance sans précédent dans notre pays. Mais la méconnaissance des réalités complexes de celles et ceux et que l’on appelle aussi les « trans-genre » a donné du fil à retordre aux associations de personnes concernées. Elles ont tout de même réussi à faire évoluer le texte d’origine. Mais la version finale adoptée par la Chambre soulève encore de nombreuses protestations et questions, surtout éthiques.

Manque de débats de fond, disent certains, volonté de faire passer le texte de loi à tout prix, regrettent d’autres. L’adoption, cet été, d’une loi accordant le droit aux transsexuels de changer de sexe et de prénom, par voie administrative et non plus judiciaire, a soulevé de protestations et questions dont certaines restent sans réponses.

Bien évidemment, les transsexuel(le)s existent depuis toujours, mais leur réalité échappe souvent au grand public, qui les confond allègrement avec les travestis, ou autres homosexuels défilant en habit de lumière, chaque année, lors de la Gay Pride. Or, la diversité et la complexité de la transsexualité, si elle se retrouve parfois –mais pas toujours- sur le même terrain que les homosexuels, n’a en tout cas rien de folklorique. Et en mars 2004, un groupe de parlementaires a pris leur « cas » très au sérieux.

La loi proposée par Hilde Vautmans (VLD), Valérie Déom (PS), Marie-Christine Marghem(MR) et Guy Swennen (SPa) apporte une reconnaissance indéniable de ce droit, particulier aux transsexuels, de revendiquer un changement de leur état civil, sans devoir passer devant les tribunaux. Et par la même, cette loi leur reconnaît, de facto, en tant que citoyens, le droit à une « renaissance » administrative, dans leur sexe de prédilection.

Pourtant, le texte, adopté à la Chambre des Représentants et actuellement en lecture au Sénat, fait encore bondir des associations de transsexuels, comme Trans-Action ou Gender Action Group (*), malgré les sérieux amendements qu'elle ont obtenus. Le texte comporte encore, à leurs yeux, de sérieux reculs par rapport à la jurisprudence, moins compliquée et parfois plus rapide que ce qu’augurent les étapes établies par la loi avant l’obtention du changement de nom et de sexe sur l’acte de naissance et la carte d’identité.

Mais la nouvelle loi comporte surtout une véritable atteinte au droit des transsexuels de disposer librement de leur corps, voire une discrimination pure et simple, par rapport au reste de la population, qu’elle soit hétéro- ou homosexuelle, contenue notamment dans une disposition qui exige la preuve que « l’intéressé n’est plus en mesure de procréer, conformément à son sexe initial. » Ce qui reviendrait donc à exiger, pour que le changement de sexe puisse être reconnu, que la personne en question procède en outre à une automutilation de ses organes reproducteurs.

Rudy Demotte : « Interdire aux transsexuels de procréer pourrait engendrer une forme de discrimination ».

Rudy Demotte, Ministre des Affaires sociales et de la Santé publique, consulté en commission lors de l’élaboration de cette loi, s'étonnait pourtant de l’existence d’une telle mention dans le projet qui lui était soumis, soulignant, à juste titre, que cette interdiction faite aux transsexuels de procréer « pourrait engendrer une forme de discrimination non conforme à la loi du 25 février 2003. En effet, les procédés de congélation de sperme ou d’ovule permettent à l'heure actuelle à une personne transsexuelle d’encore avoir des enfants après son opération de réassignation. Je pense que l’on ne peut faire l’impasse sur ce cas de figure, même s’il est marginal aujourd’hui. »

Le collectif Trans-Action considère que ces dispositions ont un caractère « eugéniste, éthiquement inacceptable ». Mais en fait, il faut surtout constater que cette phrase (CH II, Art. 3,§2, 3°), ainsi que la précédente (2°), ainsi que d’autres mentions du même registre, trahit l’esprit d’une loi qui n’est pas conforme à la réalité vécue par la majorité des transsexuels eux-mêmes. Stipuler « que l’intéressé a subi une transformation physique qui le fait correspondre au sexe désiré dans toute la mesure de ce qui est possible et justifié du point de vue médical » et «que l’intéressé n’est plus en mesure de concevoir des enfants conformément à son sexe initial », c’est ignorer que la transsexualité n’est pas directement liée à la sexualité.

Explication. Une femme qui se considère être un homme n’est pas forcément lesbienne, et n’a pas forcément envie non plus de se faire mutiler le corps pour correspondre aux exigences de la loi, en se faisant retirer les ovaires et l’utérus, ou greffer un phallus artificiel. À l’inverse, un homme qui s’identifie le plus naturellement du monde à une femme peut, tout en prenant des hormones qui atténueront ses caractéristiques masculines, ne pas souhaiter prendre le risque d’une ablation de son phallus. Les raisons qui justifient de ne pas aller « jusqu’au bout », dans un sens ou dans l’autre, sont aussi différentes que peuvent l’être les parcours, sensibilités et vécus des personnes transsexuelles elles-mêmes. Dans certains cas, ce choix se résumera à des difficultés financières, ou à un manque –légitime- de confiance dans la chirurgie plastique, ou encore ne relèvera que d’une préférence strictement intime.

Mais dans tous les cas, le changement de rôle social est établi de fait, dès que la prise de conscience est assez forte pour assumer de vivre dans la peau « vestimentaire » et/ou « hormonale » de l’autre sexe. Et ce changement de rôle peut se faire à n’importe quel âge. À ce moment-là, le diagnostic est imparable et la personne transsexuelle fera tout ce qui est en son pouvoir pour vivre conformément à son identité sexuelle - sans pour autant avoir nécessairement recours à la chirurgie reconstructive.

La loi espagnole n’inclut pas la chirurgie comme condition de changement de sexe

Un pays comme l’Espagne a très bien compris cette réalité et sa complexité. Son projet de loi en la matière du 1er juin 2006 stipule clairement qu’« accorder la rectification au Registre d’Etat Civil de la mention du sexe d’une personne ne requiert pas que le traitement médical ait inclus une chirurgie de réassignation de sexe. » Le texte ne dit pas si Almodovar y est pour quelque chose, mais la proposition de loi espagnole considère, en tout cas, la transsexualité comme une « réalité sociale » à part entière. Elle veut donner une « couverture et un cadre juridiques au besoin de la personne transsexuelle, diagnostiquée comme telle, de voir corriger l’assignation initiale de son sexe au Registre d’Etat Civil, assignation en contradiction avec son identité de genre ; ainsi que d’avoir un prénom qui ne soit pas discordant avec son identité ». En revanche, la loi espagnole ne bénéficie qu’à ses seuls compatriotes, ce qui n’est pas le cas de la loi belge ouverte également à ses ressortissants étrangers inscrits aux registres de la population.

« Nous sommes favorables à une législation, clamait durant les débats parlementaires Marie-Christine, porte-parole néerlandophone de Trans-Action. Mais mieux vaut une bonne jurisprudence qu’une mauvaise loi ! » Jusqu’à récemment en effet, les magistrats, interpellés une dizaine de fois par an, avaient une idée plus précise de l’étendue de la réalité et parfois de la souffrance ressentie par ces transsexuels venus réclamer le changement du sexe consigné dans leur acte de naissance. Saluons au passage l’ouverture d’esprit de notre magistrature, majoritairement à l’écoute de ce genre de demandes. Et comment aurait-il pu en être autrement ? Comment imaginer que l’on puisse, par simple fantaisie, exiger un changement d’état, aller jusqu’à opérer sur son propre corps des transformations irréversibles, des prises d’hormones, voire des opérations reconstructives, si une nécessité irrépressible ne l’exigeait? Car le transsexuel a la conviction profonde d’appartenir à l’autre sexe. Et cela le conduit à tout mettre en œuvre pour que son mode de vie et son anatomie soient le plus possible conformes à sa conviction intime.

Ben, membre de l’association « Gender Action Group» considère qu’en tant que transsexuel, son genre a été déterminé à la naissance mais qu’il ne s’y reconnaît pas. Ben est donc né « fille », mais à l’attitude d’un garçon. Pour lui, ce qui importe, ce n’est pas uniquement le corps, ou d’une partie de ce corps, le sexe, qui ne correspond pas à l’identité ressentie, mais surtout l’expression de cette identité. Le genre est consigné comme tel, alors que la personne dans son évolution se sent dans la peau du sexe opposé.

Katherine, porte-parole francophone du collectif « Trans-Action », est un ancien « garçon » qui vit parfaitement bien sa féminité conquise. Elle définit son état par l’identification qu’elle faisait naturellement à l’égard du sexe opposé et non pas du sien propre.

Mais le chemin a été rude depuis son adolescence, où elle a pourtant essayé de se conformer au rôle qui lui était assigné. « C’était comme si j’étais au théâtre, c’était très fatigant, cela me rendait presque schizophrène ! ». À l’Université Libre de Bruxelles où elle suit des études d’informatique, elle vivra en retrait du reste des étudiants. « L’informatique était une vocation, mais au fur et à mesure, j’ai commencé à vivre une double vie. En journée, j’étais un garçon et le soir, je m’habillais en femme. C’était encore très approximatif », conclut-elle dans un sourire.

Pour Pascal, c’est la pratique de l’identité masculine qui a toujours été plus naturelle pour lui, qui est pourtant né dans le corps d’une femme. Le fait d’avoir un corps différent, féminin en l’occurrence, ne change rien à cette identité profondément masculine qui l’habite. Et cette identité n’a rien à voir avec le « penchant » sexuel des uns ou des autres. Dès l’adolescence, Pascal était un garçon manqué, et ne s’identifiait pas aux filles. Dès qu’il fut en âge de draguer, c’est envers les garçons qu’il ressentira de l’attirance. Dans son corps de fille, il se sentait garçon. C’est pourquoi il se définit naturellement comme étant homosexuel. « Lorsque je devais porter des robes, je me sentais déguisé. La première fois où l’on m’a appelé Monsieur, cela m’a vraiment fait plaisir. » Depuis ses 10 ans, son identité le trouble. En secondaire, Pascal fait encore beaucoup de sport, jusqu’au jour où les règles apparaissent et, avec elles, bientôt les seins, comme une montagne infranchissable. Il apprendra à les camoufler en les écrasant. « Pour moi, c’était la fin de tout, je le prenais pour un handicap ! Cela me ramenait au fait que j’étais une fille ! Je ne comprenais pas !».

Pascal plonge à corps perdu dans les études et l’équitation. « Cela remplissait ma vie ! ». Il entreprend des études à l’Université de Nantes et devient dentiste à mi-temps tout en poursuivant un DEA pour faire de la recherche biomédicale. Sa famille, composée de médecins et chercheurs, lui aura sans doute donné le goût de la discipline - en tout cas, Pascal poursuivra ses études jusqu’à la défense de sa thèse sur la prévention du cancer du côlon grâce aux fibres alimentaires. Durant cette période, il dit vivre comme un Don Juan. « Je ne voulais qu'assouvir des pulsions sexuelles. Je ne cherchais pas à vivre avec quelqu’un. »

Il y a cinq ans, Pascal commence à se poser de sérieuses questions et ressent comme une pression cette ambivalence esprit d’homme, corps de femme. Internet apporte alors son lot de réponses et de témoignages. Pascal se retrouve dans les définitions et les expériences qu’il retrouve dans la transsexualité. Puis, il commence à s’habiller ouvertement en garçon, dans les grands magasins puis les boutiques pour hommes. Le véritable pas, il le franchit en Belgique. Engagé à la Commission européenne, il y a trois ans, il commence une thérapie, qui au départ n’avait rien à voir avec sa transsexualité. C’est le diagnostic d’un syndrome de Peter Pan qui lui fait comprendre qu’il préférait rester enfant plutôt que de devenir une femme.

Avant d’en arriver à se faire retirer les seins - « c’est la seule opération qui me semblait indispensable » - Pascal commence un traitement aux hormones mâles. Après une année de ce traitement, les poils lui ont poussé sur le visage, qui s’est un peu transformé. Le scientifique se réveille lorsqu’il explique: « avec la testostérone, les graisses se répartissent autrement sur le visage… ». Aujourd’hui, Pascal poursuit ses rêves, et de nouveaux challenges se sont imposés à lui, comme l’apprentissage des techniques cinématographiques. Il est ravi que le monde ne soit plus aussi binaire qu'avant, et s’étonne que le législateur n’en soit pas plus conscient. « La loi sur la transsexualité qui vient d’être adoptée, pourrait me contraindre à une opération que je ne souhaite pas. Je vis très bien ma sexualité d’homme, sans mes seins mais avec mon sexe de femme. De plus, la phalloplastie n’est pas sans risques. Dans la majorité des pays qui ont légiféré en la matière, il est uniquement question de l’aspect du sexe auquel la personne s’identifie. On n’a pas à aller vérifier ce que l’on a entre les jambes ! »


Quant à Johanna, son parcours professionnel est sans doute moins « glorieux » et « reconnu » par la société que celui de Katherine ou Pascal, mais il n’en est pas moins important pour comprendre la réalité de la transsexualité. Johanna se prostitue dans une grande ville de notre capitale. Elle voulait être coiffeuse, mais son père l’inscrit d’emblée dans une école de maçonnerie. Comment faire comprendre à son géniteur, qui refuse de se rendre à l’évidence, que son fils n’est pas ce que la nature a donné ? Après cette rude expérience des études, Johanna se retrouve au chômage, puis déchue de ce droit, car il lui est bientôt difficile, dans sa position de femme qui s’impose à elle, d’accepter de faire des chantiers. Elle émarge bientôt du CPAS avant de trouver une voie dans la prostitution. Son physique attrayant facilitera sans doute les choses. Mais elle refuse de travailler en vitrine, et reçoit les hommes chez elle, en privé. Aujourd’hui, elle gagne en moyenne 2.500 euros par mois, plus qu’elle ne pourrait en espérer ailleurs, dit-elle. « Parler d’une interdiction de procréer est absurde, c’est mal nous connaître. Ce n’est pas ce que l’on recherche. Les transsexuels qui ont des enfants les ont eus avant un traitement pour changer de sexe, dans une autre vie. C’est une atteinte à notre liberté individuelle. Les trois quarts des transsexuels restent avec les organes génitaux que leur a donné la nature. Moi, je vis avec mon sexe d’homme depuis 40 ans. J’y suis habituée. Et puis, je vais vous dire, si je devais me faire opérer demain, je perdrais tout simplement mon boulot. Personne ne voudrait plus de moi, c’est bien simple! Car ce que les hommes trouvent chez moi, c’est 'ce petit plus' qu’il n’auront pas chez une femme ordinaire. C’est la réalité. Et puis, n’allez pas vous imaginer que mes clients sont homosexuels. Pas du tout ! En général, ils sont hétérosexuels, et pour la majorité, viennent me voir avant d’aller retrouver leur femme et enfants. D’ailleurs l’homme avec qui je vis est un hétérosexuel. Je n’ai jamais été attirée que par des hétérosexuels ! La plupart des transsexuelles qui se sont fait opérer, l’ont souvent regretté. Soit elles perdaient, en tant que prostituée, leurs clients, soit, elles perdaient toute sensation de plaisir. Certaines n’ont pas supporté l’échec d’une l’opération, et se sont suicidées… »

Gageons que ce projet de loi, bien que révolutionnaire pour notre petit pays, n’en restera pas là dans son évolution vers une reconnaissance pleine et entière de la transsexualité. Mesdames et messieurs les sénateurs, vous avez encore votre mot à dire !

_________________
«Ce qu'il y a de plus profond dans l'homme c'est la peau.» [ Paul Valéry ]
«Courage is contagious» [ Julian Assange - WikiLeaks ]
«L’homme ne doit pas tenter de dissiper l’ambiguïté de son être mais au contraire accepter de la réaliser.» [ Simone de Beauvoir ]


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